Après Beethoven Blues, Jon Batiste poursuit sa série de disques pour piano seul en se tournant maintenant vers Mozart, et le projet pourrait tenir presque du manifeste. Son point de départ : l’improvisation, que l’on associe spontanément au jazz, était déjà présente à la période classique. Mozart, improvisateur, qui inventait cadences et variations devant son public, devient pour lui un interlocuteur naturel plutôt qu’un monument à révérer.

Cette conviction, Batiste la doit en grande partie à son mentor Alvin Batiste, qui lui a transmis une idée du jazz comme musique ouverte, enracinée dans la tradition et tournée vers l’invention. Chez lui, les deux gestes ne s’opposent pas.

Le titre dit la couleur. Batiste ne cherche pas à "jazzifier"  Mozart de l’extérieur, en plaquant un swing de surface sur des partitions. Ragtime, blues, stride et ornementations modernes viennent de l’intérieur de la musique, comme si ces langages avaient toujours dormi dans les phrases mozartiennes. La mélodie reste reconnaissable, mais elle respire autrement.

L'essentiel est là : le dialogue. Ce qui compte, ce n’est pas tant la manière dont Batiste s’y prend que ce qu’il fait du matériau musical de Mozart.

Cette approche rappelle que le matériau mozartien supporte la transformation sans perdre son identité. Une ligne claire reste claire quand elle traverse l’accent du blues. Son écriture accueille volontiers le déséquilibre du stride, où la main gauche fait danser la basse tandis que la droite improvise. Et l’ornement, que l’on réduit trop souvent à une simple décoration, redevient ce qu’il était à l’époque : une autre façon de parler, une prise de parole personnelle au sein d’un texte commun.

C’est sans doute ce qui rend le projet attachant. Il ne demande pas de choisir entre fidélité et liberté, entre salle de concert et club de jazz. Il suggère que la tradition reste vivante tant qu’on lui répond, et que la plus belle façon d’honorer Mozart est peut-être de l’inviter à poursuivre la conversation.